Il y a quelques jours, j’ai eu le plaisir d’animer une conférence autour des 5 éléments de la médecine chinoise. Un sujet qui peut sembler très théorique au premier abord, mais qui parle en réalité de quelque chose de très concret : notre manière de traverser les différents mouvements de la vie.
Ce que j’avais envie de transmettre n’était pas un cours de médecine chinoise, mais plutôt une boussole. Une manière d’observer ce qui se passe en nous, dans notre corps, nos émotions, nos rythmes… et peut-être de retrouver un peu plus de souplesse lorsque quelque chose se fige.
Nous sommes des êtres cycliques
C’est probablement l’idée la plus importante de cette conférence. Nous vivons au milieu de cycles : la respiration, l’alternance veille-sommeil, les cycles hormonaux, les saisons, les grandes étapes de notre vie.
Et pourtant, nous essayons souvent de vivre comme si nous étions linéaires : toujours avancer, produire, être disponibles, garder le même niveau d’énergie.
J’aime beaucoup cette image :
On ne juge pas un pommier parce qu’il ne produit pas de pommes en janvier.
En hiver, il ne fait pas « rien ». Il traverse simplement un autre mouvement : il se retire, préserve ses ressources et prépare la suite.
Et si nous commencions à nous accorder, à nous aussi, cette possibilité ?
Le corps n’est pas seulement quelque chose qui doit suivre
C’est une autre idée centrale de mon travail. On demande souvent beaucoup au corps : qu’il tienne, qu’il continue, qu’il ne fasse pas trop de bruit.
Mais le corps ne se contente pas d’exécuter. Il participe pleinement à ce que nous vivons. Il est même souvent une porte d’entrée de notre relation au monde : une émotion peut être ressentie dans le corps avant que nous ayons réussi à la nommer. La respiration s’accélère, le ventre se serre, les épaules se contractent, une chaleur monte, une envie de fuir apparaît ou, au contraire, quelque chose se fige.
Notre corps est aussi influencé par notre histoire. Au fil des expériences, nous apprenons à nous adapter et développons des manières de réagir qui ont parfois été très utiles : se faire discret, tout anticiper, tenir coûte que coûte, ne pas demander d’aide, se couper de certaines sensations.
Le problème n’est pas que ces stratégies existent. La difficulté apparaît parfois lorsque la situation change… mais que la stratégie reste.
Ce qui se résume comme le disait Peter Senge par :
Les solutions d’hier peuvent devenir les problèmes d’aujourd’hui.
Sur cette question du corps, des émotions et de nos fonctionnements, vous pouvez aussi lire mon article consacré à l’accompagnement somatique : écouter le corps pour se transformer.
Les 5 éléments comme cinq mouvements du vivant
Dans la tradition chinoise, on parle de Bois, Feu, Terre, Métal et Eau. Je préfère ici les regarder comme cinq mouvements, plutôt que comme cinq cases dans lesquelles nous devrions nous ranger.
Chacun raconte une manière différente dont le vivant évolue, s’adapte et se transforme.
Le Bois : pousser
Le Bois parle d’élan, de direction et de croissance. C’est le mouvement qui permet de commencer quelque chose, de prendre sa place, de poser une limite ou de passer à l’action.
Sa question : qu’est-ce qui cherche à émerger ?
Le Feu : rencontrer
Le Feu est associé à l’ouverture, au lien et au rayonnement. Il évoque notre capacité à aller vers l’autre, à partager, à nous laisser toucher, à ressentir de la joie et de l’enthousiasme.
Sa question : qu’est-ce qui me relie ? Qu’est-ce qui me fait vibrer ?
La Terre : assimiler
La Terre nous parle de ce que nous faisons de ce que nous vivons : recevoir, transformer, intégrer. Il ne suffit pas toujours d’enchaîner les expériences ; nous avons aussi besoin de temps pour les assimiler et en faire quelque chose.
Sa question : qu’ai-je besoin d’assimiler ?
Le Métal : laisser partir
Le Métal invite à trier, terminer et distinguer ce que l’on souhaite garder de ce que l’on peut laisser derrière soi. Cela peut concerner une situation, une relation, une étape de vie ou parfois une ancienne version de soi.
Sa question : qu’est-ce que je veux garder ? Qu’est-ce que je peux laisser ?
L’Eau : se ressourcer
Enfin, l’Eau parle de retrait, de réserve et de profondeur. Elle nous invite à préserver nos ressources et à accepter que certains moments soient faits pour ralentir.
Mais l’Eau n’est pas faible. Elle peut dormir, contourner un obstacle, persévérer, sculpter la pierre et parfois déployer une puissance considérable.
Sa question : de quoi ai-je besoin aujourd’hui pour me ressourcer ?
C’est une question particulièrement précieuse lorsque la fatigue, le stress ou la charge mentale commencent à prendre trop de place. Dans ces moments-là, le Massage Empreinte à Aix-les-Bains est justement pensé comme un espace pour ralentir, relâcher les tensions et permettre au système nerveux de redescendre. Il aide les mouvements à se terminer, le système nerveux à se reposer.
5 éléments et émotions : une association à ne pas simplifier
Dans le modèle traditionnel chinois, chaque mouvement est associé à une émotion : la colère pour le Bois, la joie pour le Feu, le ressassement pour la Terre, la tristesse pour le Métal et la peur pour l’Eau.
Ces correspondances appartiennent à une grille de lecture traditionnelle. Elles ne signifient pas qu’une émotion permet de diagnostiquer à elle seule un problème d’organe : être en colère ne veut pas dire « avoir un problème de Foie », pas plus qu’avoir peur ne signifie « avoir un problème de Reins ».
L’intérêt de cette carte est ailleurs. Elle nous invite à nous demander : est-ce que ce mouvement peut encore circuler ?
Puis-je ressentir de la colère et retrouver ensuite de l’apaisement ? Puis-je m’ouvrir aux autres puis revenir à moi ? Puis-je terminer quelque chose sans rester accroché indéfiniment ? Puis-je ralentir avant d’être complètement épuisé ?
C’est là que la notion de mouvement prend tout son sens.
L’équilibre n’est pas de rester toujours au même endroit
C’est probablement la phrase avec laquelle j’avais le plus envie de terminer cette conférence :
L’équilibre, c’est le mouvement.
Le vivant n’est pas stable. Il change, alterne, s’adapte, passe d’un état à un autre.
Peut-être que notre équilibre intérieur ne consiste donc pas à être toujours calme, heureux ou énergique, mais plutôt à pouvoir traverser différents états sans rester prisonnier d’un seul.
Lorsque quelque chose commence à se figer, nous pouvons alors nous demander :
Quel mouvement suis-je en train de traverser ? Et de quoi ai-je besoin pour retrouver un peu de circulation ?
C’est aussi au cœur de mon travail en thérapie psychocorporelle à Aix-les-Bains : observer ce qui se répète dans nos réactions, nos relations ou notre corps, et retrouver progressivement davantage de possibilités lorsque certains fonctionnements sont devenus trop rigides ou ne correspondent plus à notre vie actuelle.
Pour prolonger l’expérience : la Boussole des 5 mouvements
À la suite de cette conférence, j’ai créé La Boussole des 5 mouvements, un mémo pratique qui reprend les principaux repères de chaque mouvement et les questions qui peuvent nous aider à observer ce que nous traversons aujourd’hui.
J’y ai également ajouté quelques étirements inspirés de la cartographie traditionnelle des méridiens, pour ne pas seulement comprendre cette roue avec la tête, mais aussi remettre le corps au centre de l’expérience.
👉 Recevoir la Boussole des 5 mouvements
Parce qu’au fond, il ne s’agit peut-être pas de devenir quelqu’un d’autre, mais simplement de retrouver du mouvement là où quelque chose s’est figé.
Caroline
